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Le groupe restreint ? un outil de cohésion

Le tout est plus que la somme des parties par Tristan Mouz

J'ai plaisir à publier les textes de mes étudiants en communication. Voici celui de Tristan Mouz qui synthétise mon enseignement en communication, en y apportant sa vision théorique.
Anne-Marie Barreiro

Cet article traite de la communication et du changement dans les groupes restreints, en reliant des éléments théoriques et des outils pratiques. Pour démarrer ce travail de fond, j’ai à cœur d’aborder les travaux d’un chercheur que je trouve particulièrement précurseur. Un chercheur du 20ème siècle qui, je le pense, a beaucoup apporté aux sciences humaines et sociales et plus spécifiquement, aux sciences de l’information et de la communication.
 

Contexte de la communication et du changement dans les groupes restreints 

Ancrage théorique des sciences de l’information et de la communication

Durant sa carrière en tant que biologiste, anthropologue, cybernéticien et linguiste, Gregory Bateson a publié plusieurs livres dont « Vers une écologie de l’esprit » qui reprend l’ensemble de ses travaux sur trente-cinq années de recherches. Pour lui, il est impossible de se limiter à une « vision dualiste » dont les scientifiques font preuve à son époque. Le principe du dualisme qui remonte à l’époque de Descartes en 1700, dissocie le constituant physique du constituant mental, le corps de l’esprit ou encore d’après le fondateur de la psychologie analytique Carl Gustav Jung ; le Pleroma (non-vivant) et la creatura (être-vivant). Pour Bateson, cette vision se veut réductrice puisqu’elle exclut les relations entre les choses et ne tient compte que d’éléments isolés.

À l’inverse, relier les éléments, penser les relations et tenir compte du tout et plus seulement d’une des parties semble être pour lui le meilleur moyen de devenir « sensible à la structure qui relie ». Cette approche appelée « systémique « se traduit par l'organisation du réseau de communication reliant l'homme à son environnement. Grace à ses travaux et aux ponts qu’il a su créer entre les disciplines, Gregory Bateson semble avoir fait redécouvrir la philosophie chinoise et les notions de Ying et de Yang sensiblement proche de sa vision sur l’interdépendance des éléments :

« La main comme "entrelacement des relations qui ont déterminé sa croissance" est plus belle qu’une "composition de parties", car penser les relations est unificateur. La beauté ou la laideur sont peut être les "vraies composantes du monde" des créatures vivantes. » (SOUZA, 1996).

Gregory Bateson a initié un mouvement fort, mais il n’est pas le seul maillon de la chaîne de ce nouveau paradigme systémique. Un peu avant les années 1945, un mouvement interdisciplinaire appelé les Conférences Macy a rapproché mathématicien, biologiste, neuroscientifique, psychiatre et notre anthropologue Gregory Bateson. Ensemble, ils ont fait émerger une nouvelle science appelée la Cybernétique « Science du contrôle et de la communication chez l’animal et la machine. » (Wiener, 1948). La première Cybernétique dont Norbert Wiener est le fondateur représente l’étude des systèmes complexes ou « l’art de rendre l’action efficace » (Encyclopédie de l'Agora, 2012). Une seconde cybernétique s’est développée à la fin des conférences Macy en 1952, notamment grâce aux travaux du physicien et philosophe Heinz Von Foerster. Dans ce nouveau paradigme, l’observateur des systèmes complexes est cette fois-ci intégré dans le système. Il a été l’un des contributeurs majeurs de ce nouveau paradigme : le constructivisme.

Évidemment, je ne peux pas ne pas parler de Gregory Bateson et du constructivisme sans aborder les nombreux travaux du thérapeute de l’École de Palo Alto Paul Watzalawick. Dans un de ses livres de 1978 « Le langage du changement », il cite la phrase du grec Épictète, « ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui nous troublent, mais l’opinion que nous nous en faisons » (Watzlawick, 1978, p. 48). Et c’est justement ce vers quoi nous allons aller. Comment l’opinion que nous nous faisons du monde et de soi-même, peut changer avec et grâce aux autres ?

Les challenges de la communication et du changement dans les groupes restreints

Comment l’opinion que nous nous faisons du monde et de soi-même peut-elle changer grâce à l’autre ? Ne serait-ce pas un non-sens de penser que l’on peut changer ou modifier sa perception de la réalité, simplement grâce aux interactions sociales ? C’est définitivement des questions que je me pose au quotidien et auxquelles je tente de répondre. Pour passer de la théorie à la pratique, prenons l’exemple du séminaire de communication et changement dans les groupes restreints que nous avons suivi ensemble.

Le challenge majeur serait de réussir à faire comprendre aux participants, que la communication n’est pas simplement un ensemble d’outils mais, véritablement un état d’esprit à cultiver afin de mieux-vivre au quotidien. Mieux-vivre avec soi-même et avec les autres, pour construire un monde coopérant. J’entends par ce terme, un monde où la coopération viendrait remplacer la compétition à tout prix, vouloir dominer l’autre pour s’élever, pensant qu’il n’y aurait aucune répercussion.

En réalité, « changer » ne veut pas dire être quelqu’un d’autre. Le changement est avant tout une envie personnelle et volontaire. Je changerai seulement si j’en ai envie et je ne pourrai faire changer quelqu’un que si c’est sa propre décision. Je peux cependant lui montrer intelligemment qu’il est possible de communiquer autrement. Penser le tout au lieu des parties et faire de la communication un « agir-ensemble » comme le dit Edgar Morin :

« L’idée de cybernétique – art/science de la gouverne – peut s’intégrer et se transformer en cybernétique, art/science de piloter ensemble, où la communication n’est plus un outil de la commande, mais une forme symbolique complexe d’organisation. » (Morin, Mars 2008)

Pour que la communication devienne une forme symbolique complexe d’organisation, il faut que l’ensemble des parties en soient conscientes. Et c’est ici qu’émerge le second challenge, celui de créer du dialogue, de l’appartenance et donc de la cohésion entre les membres d’un groupe. S’il existe différents types de groupes, celui qui nous intéresse ici est le groupe restreint composé de 7 à 12 personnes. Les éléments sont donc étudiés dans leur complexité où l’étude porte sur les relations, l’influence réciproque d’individus (souvent) en « co-présence » (Benoît, 2013).

Voyons comment cette co-présence d’individus se caractérise en pratique, et tentons de revenir sur des situations partagées entre les membres de notre promotion 2019/2020 du Master 2 Changement Personnel et Organisationnel.

Le groupe : « le tout est plus que la somme des parties » 

Construire les fondations…

Quelles sont les facteurs clés de succès d’une entreprise durable ? Quels sont les premiers travaux lors de la construction d’une maison ? Les fondations sont essentielles à l’exécution optimale d’un quelconque projet. Revenons sur quelques points-clés essentiels à la construction des fondations de notre groupe.

Dès le départ, nous avons travaillé sur les valeurs de notre groupe. Le sens moral de nos actions, de nos actes, pour qu’elles soient identifiables de tous, par tous. Nous n’avons pas forcément toutes et tous les mêmes valeurs et pourtant, nous appartenons à un groupe dans lequel réside des valeurs communes. Transparence, humour et honnêteté pourraient être les 3 principales valeurs au sein de notre groupe, d’après ma perception (subjective) de la réalité.

Rome ne s’est pas construit en… Vous connaissez la suite. Et bien notre groupe c’est un peu la même chose. Au fur et à mesure des cours, nous bâtissions et améliorions nos pratiques. Les normes sociales sont importantes pour créer une certaine orientation, une ligne directrice « sociale » de manière à ce que les règles puissent être connues de tous. Respecter les autres, contribuer à la compréhension mutuelle du module et s’impliquer dans les échanges pour faire avancer le groupe. Voilà quelles pourraient être nos 3 principales normes sociales.

Comment avions-nous connaissance d’appartenir à ce groupe et qu’est-ce qui a pu le rendre unique ? Les symboles permettent l’adhésion à des codes, distinguer en quelque sorte pourquoi nous faisons partie de ce groupe. Le code représentant notre groupe pourrait être celui du respect : nous avons tous fait en sorte de créer le climat social le plus sain afin de maximiser les interactions entre tous.

Enfin, les coutumes permettent de de faciliter le sentiment d’appartenance et sont caractérisées par des rituels. Nous pouvons prendre l’exemple des moments de pause à la suite d’une séance de 2h30. Ce break, considéré comme un moment informel, permet à tous les membres de se détendre, de créer un lien plus fort et de nouer des relations davantage personnelles que professionnelles. 

…Puis bâtir les murs

Comment favoriser la meilleure cohésion possible de manière à ce que les membres du groupe développent un sentiment d’appartenance ?

Le facteur extrinsèque serait ici défini par cette envie commune de réussir cette année de Master 2, dans un cadre propice à l’épanouissement de chacun des membres. Sentir que nous allions dans la même direction avec un objectif commun a véritablement pu générer un cadre (in)formel.  Nous gardions toujours à l’esprit que nous étions là pour la même raison : apprendre de nouvelles choses, grandir personnellement et professionnellement ensemble.

Nullement opposé mais plutôt complémentaire, l’autre facteur qui nous a permis de bâtir durablement cette cohésion est le facteur intrinsèque. Chacun avait un rôle bien défini – plus ou moins de manière informelle puisque propre à notre personnalité – et nous avancions à la manière d’une tribu. Il est possible que les buts de chacun aient pu être différents, mais forcément englobés par ce but commun : se construire humainement. Nous avons su composer avec les forces et les faiblesses de chacun, écouter et comprendre les besoins de tous, pour n’exclure aucune différence mais au contraire, apprendre de celles-ci.

Il existe différentes phases de maturité au sein d’un groupe restreint. Nous allons rapidement éclairer pourquoi au début du séminaire nous étions à la phase 3 et comment, après les premiers cours, la phase 4 se mettait progressivement en place. Pourquoi pouvons-nous dire que cette cohésion était déjà présente au départ et quelle est la principale caractéristique de cette phase 3 ?

En réalité, notre promotion appartient au registre des sciences de l’information et communication ce qui veut déjà sous-entendre que nous arrivions à communiquer. Plus spécifiquement, au sein de notre spécialisation « changement personnel et organisationnel », la solidarité et l’expression était déjà donc présente.

Cependant, grâce au séminaire autour de la communication et du changement, nous avons développé un sentiment d’appartenance fort basé sur la confiance et l’écoute. C’est en partie avec les mises en situation et les différents ateliers de co-construction que nous avons pu passer de la cohésion à l’interdépendant et donc, atteindre cette phase 4.

Conclusion

Il serait intéressant, à la lecture de cet article, que vous reteniez deux choses. La première fait référence au « tout », à la vision globale des éléments et des situations que nous vivons au quotidien. Penser global dit Morin nous permet de relier les savoirs plutôt que de les isoler en unités distinctes. Dans la vie de tous les jours, et particulièrement face à cette crise, mieux communiquer et tenir compte de l’autre va nous permettre de (re)bâtir demain.

 La seconde, concerne « les parties ». Moi, ou l’autre. Chacun de nous possède sa singularité, c’est ce qui nous différencie des autres. Malgré cela, nous sommes tous reliés et chacune de nos actions entraîne des rétroactions. Il faut donc réussir à cultiver notre singularité, sans oublier que nous avons un destin collectif. Comme l’a écrit Paul Ricoeur, « le plus court chemin de soi à soi, passe par autrui ». Apprenons donc à mieux-vivre ensemble, de manière à construire un monde prêt à accueillir le changement.

 Pour me suivre : https://mouz.fr/newsletter/

Bibliographie

Bandura, A. (1998). Exploration of Fortuitous Determinants of Life Paths. Psychological Inquiry vol.9, pp. 95-99.

Benoît, D. (2013). Information & communication : théories, pratiques, éthique - De la psychotérapie aux techniques de vente... ESKA.

Encyclopédie de l'Agora. (2012, avril 1). Dossiers cybernétique. Retrieved novembre 27, 2019, from Agora: http://agora.qc.ca/dossiers/Cybernetique

Morin, E. (Mars 2008). La Méthode. Seuil.

SOUZA, A. D. (1996, septembre). Dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale. Retrieved novembre 22, 2019, from Dph: http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-4519.html

Watzlawick, P. (1978). Le langage du changement. New-York: Basic books Inc.

Wiener, N. (1948). Cybernétics or control and communication in the animal and machine. États-Unis.